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  1. Feb 2026
    1. Transgression adolescente, climat socio-éducatif et sanction éducative : Synthèse de recherche-action

      Synthèse de direction

      Ce document synthétise les résultats d'une recherche-action de trois ans menée par Valérie Benoit et Annik Skrivan (Haute école pédagogique du canton de Vaud, Suisse) au sein d'un établissement scolaire de 500 élèves.

      L'étude remet en question l'efficacité des pratiques punitives traditionnelles face aux transgressions adolescentes et propose un changement de paradigme vers la sanction éducative.

      Les conclusions majeures indiquent que :

      • Les pratiques punitives classiques (heures d'arrêt, copies) sont perçues par les élèves comme inutiles, voire incitatrices à la récidive.

      • Le climat scolaire se dégrade significativement à mesure que les élèves grandissent (passage du cycle 2 au cycle 3), particulièrement concernant la relation enseignant-élève.

      • L'insécurité est fortement ressentie par les élèves dans les espaces "hors murs" (gares, parkings) et dans les lieux de transition.

      • La mise en place d'un Espace de Sanction Éducative (ESE) favorise la responsabilisation, la restauration du lien social et une meilleure compréhension des besoins fondamentaux des adolescents.

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      1. Cadre théorique et contextuel de la recherche

      1.1. Le contexte de l'école vaudoise

      La recherche s'inscrit dans un cadre législatif et structurel spécifique au canton de Vaud :

      Loi sur l'enseignement obligatoire (Léo) : Structure le secondaire 1 en deux voies (prégymnasiale et générale). La voie générale, marquée par des niveaux de compétences différents selon les branches, entraîne un morcellement des groupes classes et une complexité relationnelle accrue.

      Concept 360 : Politique d'école inclusive intégrant des élèves à besoins éducatifs particuliers, augmentant l'hétérogénéité des classes.

      Impact post-pandémique : La crise du COVID-19 a agi comme révélateur de problèmes latents, exacerbant les troubles de la santé mentale et créant un effet d'anomie (perte de sens des normes) chez les jeunes.

      1.2. Comprendre l'adolescence

      L'adolescence est définie comme une phase de mutation et de "liminalité" :

      Rite de passage : En l'absence de rites formalisés dans la société actuelle, l'adolescent se crée ses propres épreuves, souvent par la transgression.

      Besoins fondamentaux : Outre les besoins pédagogiques, l'adolescent a des besoins sociaux essentiels : sécurité, confiance, responsabilité, autonomie, affection, et reconnaissance.

      Expression par l'agir : Les adolescents privilégient l'action au discours pour exprimer leurs émotions et construire leur identité (processus de séparation-individuation).

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      2. Analyse du climat socio-éducatif et des perceptions

      La recherche-action s'appuie sur le questionnaire environnement socio-éducatif (Cais), révélant des divergences marquées entre les acteurs.

      2.1. Évolution des perceptions selon l'âge

      Il existe une corrélation négative entre l'âge et la perception du climat scolaire.

      Les élèves plus âgés (12-16 ans) perçoivent l'environnement de manière beaucoup plus négative que les plus jeunes (10-12 ans).

      | Dimension évaluée | Perception Cycle 2 (10-12 ans) | Perception Cycle 3 (12-16 ans) | | --- | --- | --- | | Relations élèves-enseignants | Plutôt positives | Chute massive / Perçues comme froides | | Soutien pédagogique | Présent | Perçu comme insuffisant | | Sentiment de participation | Modéré | Très faible (parole muselée) | | Gestion des comportements | Acceptable | Perçue comme injuste/punitive |

      2.2. La problématique de la sécurité

      Contrairement aux autres dimensions, le sentiment de sécurité est plus élevé chez les plus grands, car les plus jeunes craignent les agressions des aînés.

      Zones de vulnérabilité : Les lieux les moins sécurisés sont la gare, le parking et le voisinage immédiat.

      Violence insidieuse : Les élèves dénoncent une violence verbale et une agressivité de la part de certains enseignants (cris, humiliations, dénigrement).

      2.3. Divergence des priorités

      Une déconnexion est observée entre les préoccupations des élèves et celles des enseignants :

      Priorité élèves : Violence physique/verbale, vols et qualité de la relation humaine.

      Priorité enseignants : Réussite scolaire, absentéisme et décrochage.

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      3. De la punition à la sanction éducative

      3.1. L'inefficacité des pratiques punitives

      Les témoignages d'élèves confirment que les punitions classiques n'enseignent rien :

      Max (15 ans) : "Les heures d'arrêt ça me fait plus rien... c'est juste punir pour punir."

      Yann : "Je sors, je me dis pas que je vais arrêter de faire des bêtises." La punition génère souvent un sentiment d'humiliation et de désintérêt, augmentant le risque de décrochage.

      3.2. Le modèle de l'Espace de Sanction Éducative (ESE)

      Inspiré des travaux d'Éric Prairat et Élisabeth Maheu, l'ESE repose sur une approche de "langage trait-d'union".

      Les quatre contraintes de la sanction éducative :

      1. Rappel de la règle : Expliquer le sens de la loi pour la cohésion du groupe.

      2. Mise en mots de la transgression : Identifier les besoins inassouvis et proposer des comportements alternatifs.

      3. Obligation de réparer : Restaurer le lien social avec les personnes lésées.

      4. Sanction individuelle : S'adresser au sujet responsable dans un cadre privé.

      Les principes structurants :

      Signification : Prendre le temps d'expliquer l'acte.

      Objectivation : Se centrer sur l'acte commis, jamais sur la personnalité du jeune.

      Privation : La sanction doit avoir lieu sur un temps libre (mercredi après-midi) pour marquer la limite.

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      4. Obstacles et perspectives professionnelles

      4.1. Résistances du corps enseignant

      La recherche met en lumière des tensions identitaires chez les enseignants :

      Vision de la mission : Certains se considèrent uniquement comme des "transmetteurs de savoir" et refusent la dimension éducative ou relationnelle de leur métier.

      Posture "Adultocentrée" : Une tendance à percevoir la transgression comme une attaque personnelle plutôt que comme un symptôme du développement adolescent.

      Narcissisme territorial : Difficulté à collaborer et à harmoniser les pratiques de gestion de classe au sein de l'établissement.

      4.2. Pistes d'amélioration

      Pour pérenniser ce changement de regard, plusieurs leviers sont identifiés :

      Mesures préventives : Ne pas attendre l'explosion du comportement. Travailler sur l'engagement des élèves et la qualité de la relation quotidienne.

      Formation continue : Développer les compétences socio-émotionnelles, l'éthique professorale et la gestion de classe.

      Posture d'autorité éducative : Passer de l'autoritarisme (soumission) à une autorité qui contient et sécurise sans "casser" l'adolescent.

      Patience institutionnelle : Les résultats (baisse des incivilités) demandent du temps et un soutien fort de la direction.

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      Citations clés

      "Un ado qui ne transgresse pas, c'est un ado qui m'angoisse... c'est une bombe à retardement."Annik Skrivan

      "La sanction est un moyen de promouvoir un sujet responsable en lui imputant les conséquences de ses actes."Éric Prairat (cité par Valérie Benoit)

      "L'enseignant par nature est extrêmement narcissique et territorial... l'école est un lieu où on soumet et on contraint, mais il ne faut pas oublier qu'on socialise aussi beaucoup."Annik Skrivan

    1. Note de Synthèse : La Violence à l'École et les Stratégies d'Intervention Efficaces

      Résumé Exécutif

      Cette note de synthèse analyse les propos de Claire Baumont, Docteure en psychopédagogie, sur la violence en milieu scolaire.

      L'idée maîtresse est que la perception d'une augmentation généralisée de la violence dans les écoles n'est pas étayée par des données probantes, mais plutôt alimentée par une couverture médiatique alarmiste.

      Le monitorage national québécois (2013-2019) n'a pas confirmé cette hausse et a même noté de légères améliorations.

      La professeure Baumont insiste sur l'importance de « l'effet établissement » : la nécessité pour chaque école de baser ses interventions sur les faits observés localement, là où le personnel a un pouvoir d'action réel, plutôt que sur des moyennes nationales ou des récits extérieurs.

      L'analyse révèle également que les formes d'agression les plus rapportées ne sont pas toujours celles attendues.

      Les comportements d'humiliation et les regards méprisants de la part des adultes envers les élèves, ainsi que les agressions entre collègues, se classent parmi les plus fréquents (3e ou 4e position), bien avant la cyberintimidation.

      Les stratégies d'intervention les plus efficaces ont évolué, passant d'approches punitives inefficaces à des approches systémiques axées sur le climat scolaire et, plus récemment, sur le développement des compétences socio-émotionnelles des élèves et du personnel.

      La clé réside dans le renforcement des relations par des actions quotidiennes et la responsabilisation du personnel scolaire en tant que modèles.

      1. L'Expertise de Claire Baumont

      L'analyse est fondée sur les perspectives de Claire Baumont, une experte reconnue dans le domaine :

      Formation et expérience : Docteure en psychopédagogie, elle a été psychologue scolaire et clinicienne auprès de jeunes avec d'importants problèmes d'adaptation.

      Carrière académique : Professeure associée au Département d'études sur l'enseignement et l'apprentissage de l'Université Laval.

      Recherche de pointe : Elle a dirigé la Chaire de recherche sur le bien-être et la prévention de la violence à l'école (2012-2023) et le premier monitorage national de la violence dans les écoles québécoises (2013-2019).

      Objectif : Ses recherches visent à améliorer la qualité de vie des élèves et du personnel scolaire.

      2. Mythes et Réalités : La Montée de la Violence Scolaire

      Un thème central de la discussion est la remise en question de la perception d'une augmentation de la violence dans les écoles.

      Une narration médiatique persistante : La professeure Baumont souligne que les médias rapportent une "montée de la violence" depuis près de 40 ans, souvent en généralisant à partir d'événements ponctuels et en créant un climat d'insécurité.

      Absence de preuves empiriques : Le monitorage national mené entre 2013 et 2019, utilisant des outils standardisés, n'a pas réussi à prouver une augmentation de la violence.

      Au contraire, il a révélé de "légères améliorations".

      Situation actuelle : Il n'existe pas de portrait national récent pour confirmer ou infirmer une hausse depuis 2019-2020.

      Il est donc crucial de garder un esprit critique face aux discours ambiants.

      La volatilité des données locales : Le suivi de certaines écoles a montré que la situation peut évoluer rapidement.

      Un établissement peut voir son taux de violence augmenter en quelques années, tandis qu'un autre peut s'améliorer.

      Cela démontre que les moyennes nationales ne sont pas représentatives de la réalité de chaque milieu.

      3. Le Concept Clé : L'Effet Établissement

      Face à l'incertitude des données nationales et à l'influence des facteurs externes, la professeure Baumont met en avant le concept de « l'effet établissement » (ou « effet école »).

      Définition : Il s'agit de se concentrer sur les composantes et les interventions sur lesquelles le personnel scolaire a un pouvoir d'action direct au sein de son propre établissement.

      Principe d'action : La première étape est d'ajuster les interventions sur la base de ce qui est réellement observé dans l'école, et non sur des perceptions externes.

      Autonomisation : Cette approche permet aux intervenants de se centrer sur des solutions concrètes et de ne pas se laisser démoraliser par des facteurs hors de leur contrôle.

      Elle place l'intervenant comme le "premier décideur" de ses actions avec les ressources dont il dispose.

      4. Les Dimensions de la Violence Scolaire

      La violence en milieu scolaire est un phénomène complexe et multifactoriel, dont les manifestations dépassent les agressions entre élèves.

      4.1. Une Problématique Multifactorielle

      La violence s'explique par une interaction de facteurs à plusieurs niveaux :

      Globaux : Les conflits mondiaux et les guerres (une personne sur huit sur la planète serait en situation de guerre en décembre 2024) contribuent à un sentiment d'insécurité généralisé.

      Sociétaux : Les différences culturelles et religieuses peuvent être des sources de tension.

      Communautaires : La vie dans le quartier et la situation familiale des élèves influencent leurs comportements à l'école.

      Institutionnels : La formation du personnel scolaire joue un rôle.

      Malgré ces multiples facteurs, l'effet établissement demeure le levier d'action le plus pertinent pour les intervenants.

      4.2. Les Comportements d'Agression : Au-delà des Élèves

      L'analyse des types de violence révèle une réalité souvent sous-estimée : l'impact du comportement des adultes.

      Violence des adultes envers les élèves : Selon des données de 2024, les comportements d'humiliation et les regards méprisants de la part des adultes se classent en 3e ou 4e position des agressions les plus rapportées par les élèves, surtout au secondaire.

      Ces actes incluent les cris et les punitions humiliantes.

      Violence entre adultes : Le personnel scolaire rapporte également subir des agressions de la part de collègues.

      Les insultes et l'exclusion des réunions se classent aussi en 3e ou 4e position des comportements d'agression subis par les enseignants.

      Un constat surprenant : Ces formes de violence relationnelle et psychologique sont rapportées bien plus fréquemment que la cyberintimidation, qui est souvent perçue comme un problème majeur.

      L'impact de ces comportements d'adultes sur le climat scolaire et la qualité de l'enseignement est considérable.

      5. Stratégies d'Intervention : Évolution et Bonnes Pratiques

      Les approches pour prévenir et gérer la violence ont évolué au cours des 50 dernières années.

      | Étape d'Évolution | Approche Principale | Limites et Constats | | --- | --- | --- | | Approches initiales | Programmes ciblés sur les agresseurs, basés sur la punition. | Inefficaces. "On s'est rendu compte que les punitions ça la prenait pas aux enfants de bons comportements." | | Développement | Approches globales et systémiques axées sur l'amélioration du climat scolaire. | Plus efficaces, mais peuvent être complétées. | | Approches récentes | Focalisation sur le bien-être des élèves, puis sur celui des élèves ET du personnel scolaire. | Agir sur les sources du mal-être pour prévenir la violence. | | Approche actuelle | Développement des compétences socio-émotionnelles pour tous (élèves et personnel). | Apprendre l'autorégulation, l'expression des désaccords et le savoir-être. Le personnel adulte agit comme un modèle essentiel. |

      Le modèle actuel met l'accent sur le rôle crucial des adultes.

      La relation qu'ils établissent avec les jeunes, basée sur leurs propres compétences socio-émotionnelles, est un facteur déterminant pour un climat scolaire positif.

      6. Recommandations Finales pour une Action Efficace

      Pour intervenir de manière constructive, la professeure Baumont propose une série de principes directeurs :

      1. Baser les interventions sur des faits observés localement : Se concentrer sur les dynamiques propres à son établissement pour un maximum d'impact (« effet établissement »).

      2. Impliquer les élèves et le personnel : Faire participer l'ensemble de la communauté scolaire aux décisions favorise le sentiment d'appartenance, l'engagement, l'entraide et la collaboration.

      3. Agir avec les ressources disponibles : Plutôt que d'attendre des décisions ou des ressources gouvernementales, il est essentiel d'agir proactivement avec les moyens à disposition.

      "Je suis la première personne qui peut décider de ce que je fais avec ce que j'ai."

      4. Privilégier la fréquence à l'intensité : Le plus important n'est pas de réaliser de grandes activités ponctuelles, mais de poser de petits gestes significatifs au quotidien.

      Il faut "savoir-faire souvent" pour renforcer durablement les relations entre adultes et élèves.

    1. Document de Synthèse : Contrer l'Absentéisme au Secondaire

      Résumé Exécutif

      Ce document synthétise une approche innovante pour la gestion de l'absentéisme dans une école secondaire, développée et présentée par Véronique Sir, directrice d'établissement et candidate au doctorat.

      Le projet marque une transition fondamentale d'un modèle punitif, jugé lourd et inefficace, vers un modèle relationnel qui responsabilise et outille les enseignants.

      Cette nouvelle stratégie a permis de réduire de 50 % le nombre d'élèves présentant plus de 15 absences non motivées en une seule année scolaire.

      Au-delà des chiffres, la retombée la plus significative est l'amélioration notable de la relation entre les enseignants et les élèves, les premiers n'étant plus perçus comme des "polices de la retenue" mais comme des adultes bienveillants et soucieux de la présence de chaque jeune.

      La mise en œuvre s'est articulée en cinq étapes clés, incluant une analyse rigoureuse, la création d'un sous-comité stratégique, une approche pilote par "petits pas", une intégration systémique et un partage des connaissances.

      Le projet met en lumière l'importance du temps, de l'adhésion des équipes et de la focalisation sur le pouvoir d'agir collectif de l'école plutôt que sur des facteurs externes.

      Contexte et Problématique Initiale

      À l'arrivée de la nouvelle direction il y a trois ans, deux irritants majeurs étaient palpables et verbalisés par le personnel de l'école :

      1. Un manque de cohérence dans l'application du code de vie.

      2. Une gestion des absences perçue comme excessivement lourde et inefficace.

      Cette dernière tâche était si pesante que la majorité des enseignants souhaitaient s'en dégager.

      L'analyse initiale des données a permis de "neutraliser l'effet négatif" des perceptions en démontrant que le problème, bien que réel, ne concernait que deux ou trois élèves par groupe, et non une majorité comme il était parfois ressenti.

      Le Projet de Gestion des Absences : Une Approche Relationnelle

      Philosophie et Changement de Paradigme

      Le cœur du projet est un changement radical de philosophie, passant d'un système répressif à une approche humaine et proactive.

      D'un modèle punitif à un modèle relationnel : L'ancienne méthode, qui consistait à sanctionner l'absence (par exemple, par une retenue), est abandonnée au profit d'une démarche qui cherche à comprendre les causes de l'absence et à outiller l'élève.

      Comme le résume Mme Sir : "On est passé d'un modèle punitif à un modèle relationnel et outillé soutenu par des facilitateurs à l'école."

      Le rôle central de l'enseignant : Le projet repose sur l'implication directe des enseignants, qui deviennent les premiers intervenants.

      Ils sont responsables des sept premières interventions auprès de leurs élèves tuteurs, incluant deux appels aux parents pour les sensibiliser.

      Cette approche s'oppose au réflexe de déléguer cette responsabilité à l'équipe de soutien, reconnaissant qu'une poignée d'intervenants ne peut gérer efficacement les absences de plus de 900 élèves.

      La présence des enseignants est donc jugée "essentielle".

      Résultats Quantitatifs

      Le projet, axé sur une gestion par les résultats, a démontré un impact mesurable et significatif sur la réduction de l'absentéisme chronique non motivé.

      | Période | Contexte | Nombre d'élèves avec >15 absences non motivées | | --- | --- | --- | | Juin 2024 | Fin de la phase pilote (3 mois, 3 groupes sur 35) | Environ 120 élèves | | Juin 2025 | Fin de la première année complète (tous les groupes) | Environ 60 élèves | | 31 octobre 2025 | Début de l'année scolaire en cours | 6 élèves |

      Ces chiffres représentent une diminution d'environ 50 % des cas d'absentéisme chronique en un an.

      Il est noté que le mois de juin tend à augmenter le nombre d'absences, ce qui rend la comparaison encore plus probante.

      Le principal fait saillant est que tous les élèves de l'école (clientèle d'environ 950 jeunes) sont désormais connus et suivis, ne permettant à personne de "passer sous la craque".

      Les Cinq Étapes de la Mise en Œuvre

      Le cheminement réflexif du projet a été structuré en cinq phases distinctes, menées en collaboration avec des chercheurs universitaires.

      1. Analyse de la situation : La première étape a consisté à faire émerger des données factuelles pour objectiver les deux irritants majeurs (code de vie et gestion des absences).

      2. Création du sous-comité : Considérée comme le "cœur de la démarche", cette étape a impliqué la sélection stratégique de ses membres.

      Le comité inclut non seulement des personnes ouvertes au changement, mais aussi des enseignants plus critiques et des membres du personnel encore attachés au modèle punitif.

      L'objectif était de créer un espace de réflexion pour confirmer la fin du statu quo et construire une vision commune.

      3. Culture des "petits pas" : Pour gérer le changement, le projet a débuté par un pilote limité : trois groupes, trois enseignants volontaires, pendant trois mois.

      Ce n'est que la deuxième année que l'approche a été étendue à toute l'école.

      Cette phase a été marquée par des "allers-retours constants" et un "droit à l'erreur", permettant d'ajuster les moyens tout en gardant le cap sur la finalité (le modèle relationnel).

      4. Veilles et intégration systémique : Cette étape, imbriquée dans les autres, a consisté à ancrer le projet dans toutes les instances de l'école :

      Comité projet éducatif : Intégration d'indicateurs sur l'assiduité.   

      Plan de lutte contre la violence et l'intimidation : Favoriser un climat scolaire sécuritaire.  

      Assemblées générales : Véhiculer l'importance du projet, en faisant témoigner les "agents facilitateurs".  

      Rencontres de niveaux : Instaurer un point statutaire toutes les deux semaines pour suivre les élèves absentéistes.

      5. Partage à la communauté : La dernière étape consiste à diffuser le projet pour "faire gagner du temps" à d'autres équipes-écoles, évitant ainsi de réinventer des solutions existantes.

      Défis, Facteurs de Succès et Recommandations

      Défis Rencontrés

      La gestion du temps et des attentes : Les résultats ne sont pas immédiats.

      Comprendre les causes profondes de l'absentéisme prend du temps, ce qui peut être un défi dans une culture axée sur les résultats rapides.

      L'adhésion de l'équipe : La deuxième année, lorsque tout le personnel est impliqué, est cruciale et peut voir émerger plus de résistance.

      Le sous-comité joue un rôle fondamental pour accueillir ces résistances sans reculer.

      La gestion des cas chroniques : Certains élèves, aux prises avec des enjeux de santé mentale ou de démotivation scolaire importants, résistent aux interventions.

      L'implication des professionnels (psychoéducateurs, conseillers d'orientation) est ici fondamentale.

      Le roulement du personnel : L'arrivée de personnel non formé en pédagogie peut rendre la création de liens plus difficile, nécessitant un soutien accru de la part des "agents facilitateurs" internes.

      Principale Réussite : L'Amélioration de la Relation Enseignant-Élève

      Le gain le plus "magnifique" et le plus positif du projet est l'amélioration de la qualité des relations.

      Les enseignants ne sont plus vus comme des agents de sanction. Un enseignant a partagé une anecdote révélatrice :

      "Les élèves m'ont dit à plusieurs reprises cette année : 'Cou'donc, avez-vous une vie à part nous regarder à l'école ?'".

      Pour l'équipe, cette remarque est une "victoire", car elle signifie que chaque élève sait qu'au moins un adulte se soucie de sa présence.

      Erreurs à Éviter

      1. Aller trop vite : Le changement culturel et la compréhension des causes profondes de l'absence exigent du temps.

      2. Remettre le sort aux parents : Plutôt que de se concentrer sur les motifs d'absence (sur lesquels l'école a peu de contrôle), la discussion doit être réorientée vers le "pouvoir d'agir collectif" à l'interne.

      3. Utiliser les données à mauvais escient : Un outil de suivi (Power BI) a été développé pour fournir des données quotidiennes.

      La vigilance est de mise pour que ces données servent à comprendre et agir, et non à "masquer artificiellement" les problèmes ou à créer une compétition entre les écoles.

      Retombées Stratégiques et Pérennité du Projet

      Outre la baisse de l'absentéisme et l'amélioration des relations, le projet a généré plusieurs impacts positifs durables :

      Approche personnalisée : L'école est passée d'une généralisation ("tous les élèves de 4e secondaire s'absentent") à une analyse fine et personnalisée des besoins de chaque élève.

      Standardisation des interventions : Un protocole écrit garantit la qualité et la pérennité des interventions, indépendamment du personnel en place.

      Autonomisation et résilience des équipes : Les enseignants ont développé une autonomie ("empowerment") et une résilience face à la problématique, conscients de leur pouvoir d'agir collectif.

      Préparation à la croissance : La structure mise en place est comparée aux "fondations d'une maison", rendant l'école prête à accueillir une hausse de sa clientèle.

      Pérennité du modèle : Le projet est conçu pour être durable. L'objectif final est de développer une autonomie telle que le projet puisse survivre au départ de la direction actuelle.

      Comme le conclut Mme Sir : "demain matin si je pars comme direction d'établissement, le projet va survivre grâce à nos agents facilitateurs qui vont assurer la pérennité du projet."

    1. Pratiques Punitives en Milieu Scolaire : Analyse, Effets et Recommandations

      Résumé Exécutif

      Ce document de breffage synthétise les conclusions de l'expert Vincent Bernier, docteur en psychopédagogie, concernant les pratiques punitives en milieu scolaire, et plus particulièrement la suspension.

      La recherche, unanime depuis près de 50 ans, démontre que ces pratiques sont non seulement inefficaces, mais aussi profondément néfastes pour les élèves.

      Loin de corriger les comportements problématiques, elles les exacerbent et entraînent une cascade d'effets négatifs à court, moyen et long terme, incluant la détérioration du rendement scolaire, le décrochage, l'augmentation des inégalités sociales et des problèmes de santé mentale et physique graves.

      Face à ce constat, le document expose des alternatives fondées sur des approches éducatives qui visent à développer les compétences des élèves plutôt qu'à les sanctionner.

      Ces alternatives se déclinent en deux catégories : des pratiques concrètes de gestion de classe, comme les conséquences éducatives, et des programmes structurants d'alternative à la suspension. Six recommandations stratégiques sont formulées pour le système éducatif québécois, appelant à un changement de paradigme.

      Celles-ci incluent la sensibilisation du personnel, l'interdiction de la suspension externe sans service, et le financement de programmes alternatifs éprouvés, soulignant que l'investissement dans la prévention est socialement et économiquement plus judicieux que la gestion des conséquences coûteuses de l'inaction.

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      1. Définition et Typologie des Pratiques Punitives

      Selon Vincent Bernier, professeur et chercheur à l'Université de Sherbrooke, il est essentiel de distinguer clairement les pratiques punitives des pratiques éducatives.

      Les pratiques punitives s'inscrivent dans une logique de répression plutôt que d'éducation.

      Leur objectif principal est d'infliger une sanction en réponse à une faute afin de dissuader l'élève de répéter un comportement.

      Ces pratiques se situent sur un continuum d'intensité et peuvent être regroupées en trois grandes catégories :

      Les punitions classiques : Ces mesures visent à sanctionner directement un élève.

      ◦ La copie de lignes ou de textes.   

      ◦ L'assignation de travaux supplémentaires.  

      ◦ Le retrait de privilèges ou de droits.

      Les pratiques d'exclusion : Ces mesures consistent à retirer l'élève d'une situation ou d'un milieu.

      ◦ La retraite de classe (qui peut être punitive ou éducative selon son application).   

      ◦ Les retenues. 

      ◦ La suspension scolaire (interne ou externe).

      Les punitions physiques : Bien que moins courantes au Québec, elles existent dans certains contextes.

      ◦ Les châtiments corporels.  

      ◦ La contention physique.

      En opposition, les pratiques éducatives visent à aider l'élève à développer ses compétences socio-émotionnelles, son autonomie et sa responsabilité par des mesures d'aide et de soutien.

      2. Les Effets Négatifs Documentés des Pratiques Punitives

      La littérature scientifique, québécoise et internationale, documente les effets des pratiques punitives depuis les années 1970 et est décrite comme "unanime" sur leurs conséquences négatives.

      Impacts Comportementaux et Académiques

      Contrairement à l'objectif visé, les pratiques punitives ne règlent pas les problèmes de comportement ; elles les aggravent.

      Escalade des comportements : On observe une détérioration et une aggravation des comportements problématiques chez les élèves exposés à ces pratiques.

      Désengagement scolaire : Les élèves développent des trajectoires d'évitement, une réduction de la motivation à apprendre et un désengagement progressif de l'école, menant souvent à l'absentéisme.

      Baisse du rendement : Une diminution significative du rendement scolaire est fréquemment constatée.

      Décrochage scolaire : La suspension scolaire est fortement corrélée au risque de décrochage.

      Conséquences Sociales et Relationnelles

      Ces pratiques endommagent le lien entre l'élève et l'école.

      Relations négatives : Elles contribuent au développement de relations conflictuelles et négatives avec le personnel scolaire.

      Sentiment d'exclusion : Les élèves se sentent isolés, mis de côté et exclus, ce qui renforce leur marginalisation.

      Affiliation à des pairs déviants : L'exclusion du milieu scolaire augmente le risque d'affiliation à des groupes de pairs déviants et l'enrôlement potentiel dans des gangs de rue.

      Exacerbation des Inégalités

      Les pratiques punitives ne sont pas appliquées uniformément et ont pour effet d'aggraver les inégalités sociales, socio-économiques et culturelles existantes.

      Marginalisation des groupes vulnérables : Elles touchent de manière disproportionnée certains groupes, notamment :

      ◦ Les garçons. 

      ◦ Les élèves ayant des difficultés d'apprentissage.  

      ◦ Les minorités ethniques.  

      ◦ Les élèves issus de milieux défavorisés.

      Effets à Long Terme et sur la Santé

      Les études longitudinales démontrent que les conséquences de l'exposition à ces pratiques se prolongent bien au-delà de la période scolaire et affectent la santé globale des individus.

      Santé mentale et physique : Une diminution du bien-être général est observée, avec des risques accrus de :

      ◦ Dépression.  

      ◦ Consommation de drogues.  

      ◦ Automutilation.  

      ◦ Grossesses à risque.

      Judiciarisation : Le risque d'arrestation à l'âge adulte est plus élevé pour les élèves ayant été fréquemment suspendus.

      3. Alternatives aux Pratiques Punitives : Une Approche Éducative

      Pour remplacer les pratiques punitives, deux grandes catégories d'alternatives sont proposées, toutes deux centrées sur l'éducation et le développement de compétences.

      Catégorie 1 : Pratiques Éducatives Concrètes

      Ces alternatives peuvent être mises en œuvre quotidiennement par le personnel scolaire pour prévenir et gérer les écarts de conduite.

      Enseignement explicite des comportements attendus.

      Stratégies de gestion de classe proactives (ex: précorrection, proximité).

      Développement de l'autorégulation (ex: autoévaluation, autotraitement).

      Mise en place de conséquences éducatives : Cette approche est particulièrement efficace. Elle se distingue de la punition par sa finalité.

      La maxime qui la guide est que "la sanction elle est pas là pour faire mal mais elle est là pour faire sens".

      Logique et naturelle : La conséquence découle directement du comportement problématique.  

      Réparatrice : Elle vise à réparer le tort causé.  

      Responsabilisante : Elle implique l'élève dans la solution et l'aide à assumer ses responsabilités.  

      Éducative : Elle est présentée comme une mesure d'aide et une occasion d'apprentissage pour développer des compétences.

      Catégorie 2 : Alternatives Structurantes

      Ces approches sont plus globales et s'appliquent à l'échelle de l'école ou du centre de services scolaire.

      Programmes d'alternative à la suspension scolaire :

      Ces programmes, souvent menés par des organismes externes comme le YMCA, offrent un cadre structuré aux élèves qui auraient autrement été suspendus à la maison sans services.

      Fonctionnement :     

      Matin : Réalisation des travaux scolaires envoyés par l'école.     

      Après-midi : Participation à des groupes animés pour développer des compétences spécifiques (socio-émotionnelles, résolution de conflits, etc.).  

      Efficacité prouvée : Les études sur ces programmes démontrent des effets positifs à court et moyen terme, incluant une amélioration des comportements et une diminution du recours futur à la suspension.

      4. Recommandations Stratégiques pour le Système Éducatif Québécois

      Vincent Bernier formule six recommandations claires pour systématiser le passage d'une approche punitive à une approche éducative au Québec.

      | N° | Recommandation | Description | | --- | --- | --- | | 1 | Sensibiliser le personnel scolaire | Il est impératif d'informer l'ensemble du personnel scolaire sur les effets négatifs documentés des pratiques punitives afin de créer une prise de conscience collective. | | 2 | Soutenir le développement professionnel | Offrir de la formation continue pour outiller le personnel avec des pratiques alternatives efficaces et pour déconstruire les croyances erronées sur l'efficacité des punitions. | | 3 | Interdire la suspension externe sans services | Modifier les règlements d'école, les codes de vie et la Loi sur l'instruction publique pour interdire formellement la suspension scolaire à l'externe (à la maison) sans aucune mesure d'aide ou de soutien. | | 4 | Recadrer la suspension comme mesure de dernier recours | Si une suspension est inévitable, elle doit être utilisée de manière constructive : soit à l'interne avec des services et des mesures d'aide, soit à l'externe mais en référant l'élève à un programme d'alternative structuré. L'objectif doit être de "servir plutôt que de sévir". | | 5 | Financer et déployer les programmes alternatifs | Investir dans le déploiement de programmes d'alternative à la suspension, via des organismes communautaires locaux, pour que chaque école au Québec puisse avoir accès à ce type de service. | | 6 | Consigner systématiquement les suspensions | Mettre en place un système provincial pour consigner toutes les suspensions (internes et externes) afin d'obtenir un portrait juste et clair du phénomène (fréquence, durée, profils d'élèves) et ainsi prendre des décisions éclairées. |

      5. Conclusion : L'Urgence d'un Virage vers la Prévention

      La discussion met en lumière une réalité documentée depuis un demi-siècle : les pratiques punitives sont contre-productives.

      L'expert souligne que le Québec doit réfléchir aux services qu'il souhaite offrir à ses jeunes.

      Il est démontré que le coût sociétal de l'inaction (gestion de la criminalité, des problèmes de santé mentale, du décrochage) est largement supérieur au coût d'investissement dans des mesures de prévention et des programmes alternatifs.

      Le passage d'une culture de la punition à une culture du soutien n'est pas seulement une question de bienveillance, mais une décision stratégique et économique pour l'avenir.

  2. Sep 2024
    1. Défenseur des droits s’efforce de faire valoirle droit à l’erreur des usagers qui ont omis, debonne foi, de transmettre une information quileur aurait permis de bénéficier, par exemple,d’une tarification favorable, considérant que laprivation d’un droit auquel leur situation les rendaitéligibles, du simple fait d’une erreur qui a étéensuite rectifiée, constitue une sanction infondée.
  3. Nov 2022
  4. Jun 2022
  5. Mar 2022
  6. Sep 2020
    1. loss of Silesia

      Conquered from Maria Theresa during the War of Austrian Succession in violation of the Pragmatic Sanction of 1713, to which Frederick was a signatory.

      In many ways, this is seen as an example of Realpolitik, in which a nation's strategic strength is the determining factor in how it conducts policy (rather than promises or a sense of honour). This is a concept that will become increasingly important in Prussian policy into the 19th century, under Bismarck.

  7. Aug 2020
  8. Jun 2020
    1. Règlement amiable lié aux sanctionsà l’égard d’une enfant atteinte d’un trouble de l’attention (2019-115) :Une fillette de 6 ans, atteinte d’un trouble du déficit de l’attention, a été plusieurs fois sanctionnée par un centre de loisirs. Le dialogue était complètement bloqué entre la famille et la mairie qui ne communiquait plus que par courrier pour relater les incidents et les exclusions temporaires. Saisi, le délégué du Défenseur des droits a engagé une médiation entre les deux parties pour permettre une meilleure compréhension et appréhension du handicap de l’enfant par les professionnels. En parallèle, le siège de l’institution a contacté la Maison départementale des personnes handicapées afin qu’elle réponde aux demandes de la famille de bénéficier d’un accompagnant d’élève en situation de handicap (AESH). Son dossier a ainsi été examiné et la famille a obtenu une notification d’AESH avant la rentrée scolaire

      Il y a une réflexion à mener quant au traitement disciplinaire de situation relevant du besoin particulier ou du handicap

  9. Mar 2020
    1. Comment savoir si l’élève fait son travail tout seul?La continuité pédagogique est destinée à s’assurer que les élèves poursuivent des activités scolaires leur permettant de progresser dans leurs apprentissages. Il s’agit d’attirer l’attention des élèves sur l’importance et la régularité du travail personnel quelle que soit l’activité, même si elle est réalisée avec l’aide d’un pair ou d’un tiers. Des travaux réguliers et évalués régulièrement y contribuent. Toutefois, le professeur ne peut contrôler l’assiduité dans ce cadre, ni sanctionner son éventuel défaut.
    2. Certains élèves ne fontpasle travail qui est demandé, dois-je les sanctionner?Le dialogue avec les parents et la régularité des contacts doivent être favorisés pour assurer un suivi de proximité avec les élèves. Des points d’étapes (travail à rendre) sont organisés.Il ne s’agit pas de sanctionner l’élève, mais de lui permettre depoursuivre ses apprentissages.La bienveillance doit guider chacune des décisions.