Qu’est-ce qu’on va faire de toi ? : Synthèse des perspectives enfantines sur le monde
Ce document de synthèse analyse les échanges et les réflexions de jeunes enfants au sein d'un cadre scolaire, tels que rapportés dans le documentaire d'ARTE.
Il explore la manière dont ces enfants perçoivent, interprètent et s'approprient des concepts complexes tels que l'identité, la politique, la justice sociale et les relations humaines.
Résumé Exécutif
L'analyse du contexte source révèle une porosité frappante entre le monde des adultes et l'univers enfantin.
Les enfants ne sont pas de simples observateurs passifs ; ils intègrent les discours médiatiques, politiques et familiaux pour construire leur propre compréhension de la société.
Les thématiques centrales incluent la remise en question des normes de genre, une conscience aiguë des inégalités socio-économiques et une appréhension palpable des tensions géopolitiques mondiales (guerre en Ukraine, immigration).
Le document souligne également l'importance de la vie démocratique à l'échelle de l'école (élections de délégués) comme laboratoire de la citoyenneté, tout en mettant en lumière les peurs existentielles des enfants face à la violence et au changement.
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I. Identité, Genre et Structures Familiales
Les discussions enfantines révèlent une phase de déconstruction et de négociation des normes sociales traditionnelles.
La perception de la diversité et de l'altérité
• Représentation physique : À travers des jeux comme le "Qui est-ce ?", les enfants interrogent la représentation des couleurs de peau et des caractéristiques physiques, notant parfois l'absence de diversité dans les supports de jeu ("Tout le monde est blanc").
• Identité divine : Une distinction est opérée entre les humains et les figures divines ou mythologiques (Athéna, Cerbère), avec des débats sur l'existence physique de Dieu, confrontée à la réalité scientifique (l'astronaute Neil Armstrong ne l'a pas vu).
Évolution des rôles de genre
• Répartition des tâches ménagères : Les enfants contestent l'idée que la cuisine est réservée aux femmes, citant des exemples paternels faisant la vaisselle ou l'aspirateur.
• Expression de soi : La distinction entre filles et garçons est remise en question par l'usage du vernis à ongles ou des paillettes par les garçons, certains affirmant que "les hommes peuvent se vernir".
• Force et autorité : Les enfants discutent de la brutalité ou de la force, parfois attribuée aux sœurs ou aux filles, brisant les stéréotypes de douceur féminine.
Schémas familiaux et procréation
• Homoparentalité : Le concept de deux mères est abordé.
Les enfants débattent de la nécessité biologique d'un homme (spermatozoïdes) pour concevoir un enfant, tout en reconnaissant la possibilité pour deux femmes d'élever un bébé ensemble grâce à une aide extérieure.
II. Conscience Politique et Enjeux Sociaux
Les enfants manifestent une connaissance surprenante de l'actualité et des structures de pouvoir.
Manifestations et figures politiques
• Le droit de grève : Les enfants associent la grève à une colère contre le Président et à l'utilisation d'affiches pour manifester dans la rue.
• Perception des dirigeants : Les noms d'Emmanuel Macron, de Marine Le Pen et de Vladimir Poutine apparaissent dans les discussions.
Les avis sont partagés sur la "méchanceté" ou le rôle de ces figures, certains suggérant même un mariage (erroné) entre Macron et Le Pen.
Géopolitique et conflits
• Guerre en Ukraine : Le conflit est perçu comme une lutte pour le territoire et le pouvoir.
Les enfants critiquent l'absurdité de détruire un pays que l'on souhaite récupérer ("Ils sont un peu bêtes parce que s'ils veulent récupérer un pays, ils cassent tout").
• Immigration et frontières : La question des réfugiés et des contrôles aux frontières (notamment en Italie) est évoquée, liée à la nécessité de parler la langue et de travailler pour être accueilli.
Inégalités économiques
• Pauvreté vs Richesse : Les enfants expriment le désir d'être "blindés d'argent" pour mieux soigner leurs proches ou accéder à de meilleures écoles.
• Écoles privées : Certains perçoivent l'école privée comme une injustice ou un moyen de "voler de l'argent", créant une séparation entre amis.
III. La Vie Scolaire comme Micro-Société
L'école est le lieu où s'expérimentent la démocratie, la justice et les émotions liées à la collectivité.
L'expérience démocratique : Les élections de délégués
Les enfants organisent des élections et proposent des programmes électoraux centrés sur l'amélioration du quotidien et la justice sociale :
| Candidat / Thème | Propositions et Idées | | --- | --- | | Protection | Protéger la planète, protéger les filles. | | Partage | Partager l'argent avec ceux qui n'en ont pas. | | Règlement | Arrêter les bêtises, interdire les punitions. | | Bien-être | Plus de fêtes, plus de glace à la cantine. |
Instabilité et attachement
• Transience : Le départ de camarades en cours d'année (dû à des déménagements ou des changements de situation sociale comme l'hébergement en hôtel) suscite une tristesse profonde et une peur de la solitude pour ceux qui partent.
• Valeurs républicaines : La devise "Liberté, Égalité, Fraternité" est citée comme un idéal de droits communs et de lien fraternel.
IV. Imaginaires, Peurs et Violences
L'univers mental des enfants est peuplé de références culturelles et de craintes liées à la violence réelle ou fictive.
• Peurs médiatiques : Les informations télévisées ("Le malheur du monde") et certains clips (comme Thriller de Michael Jackson) génèrent des cauchemars impliquant des monstres électroniques ou des morts-vivants.
• Terrorisme et sécurité : La notion d'attentat est comprise comme une attaque surprise.
Les enfants imaginent des systèmes d'alerte pour se protéger des "méchants" qui s'introduiraient dans l'école.
• Définition de la torture : Les enfants débattent de la cruauté, citant la guillotine ou l'arrachage d'organes comme exemples de torture, tout en distinguant la méchanceté pure de la violence physique extrême.
V. Verbatim : Paroles d'Enfants
« Si j'étais président, je dirais que les gens ils peuvent faire ce qu'ils veulent sauf voler de l'argent. »
« Marine Le Pen... elle veut pas qu'on accueille des gens du tout en France... moi je pense qu'elle va être présidente, elle est méchante. »
« Ce qui est important dans la vie c'est d'être heureux. »
« La devise de la France c'est liberté, égalité, fraternité. Ça veut dire nous sommes tous frères, nous avons les mêmes droits. »
« Ils sont un peu bêtes parce que s'ils veulent récupérer un pays, ils cassent tout le pays, du coup quand ils vont le récupérer ils vont devoir tout reconstruire. »