Briefing : Feuille de route pour l'autonomie et l'inclusion des enfants en situation de handicap
Résumé exécutif
Ce document synthétise les orientations stratégiques et les mesures concrètes présentées par la ministre déléguée chargée de l'Autonomie et des Personnes handicapées lors de son audition devant la délégation aux droits des enfants.
L'action gouvernementale repose sur un changement de paradigme : passer d'une logique de soins où la personne doit s'adapter au système, à une société pleinement inclusive qui s'adapte à la diversité des besoins.
Les points clés incluent le déploiement du plan « 50 000 solutions » pour répondre à la saturation des structures (notamment pour les enfants en situation de « double vulnérabilité » relevant de la protection de l'enfance), la réforme de l'école inclusive combinant scolarisation ordinaire et dispositifs spécialisés, et une simplification drastique des démarches MDPH.
Un engagement fort a également été pris pour rendre les recommandations de la Haute Autorité de Santé (HAS) opposables dans le secteur médico-social afin d'éradiquer les pratiques obsolètes, notamment concernant l'autisme.
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1. Philosophie et cadre d'action politique
La politique nationale est guidée par les lois de 1975 et 2005, ainsi que par la Convention des Nations Unies relative aux droits des personnes handicapées.
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Citoyenneté pleine et entière : L'objectif est de garantir que chaque enfant puisse s'épanouir en tant que citoyen, sans être réduit à un « objet de soin ».
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Adaptation de la société : Le gouvernement prône une société qui se rend accessible à tous, plutôt que de contraindre les individus à entrer dans des cadres préétablis.
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Parcours de vie : L'accompagnement est structuré de la naissance (détection et diagnostic) jusqu'à l'âge adulte (emploi et autonomie).
2. Petite enfance et diagnostic précoce
L'intervention précoce est jugée cruciale pour éviter les ruptures de parcours et l'épuisement parental.
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Repérage et guidance : Mise en place de programmes de guidance parentale et intégration du repérage des troubles du neurodéveloppement (TND) dans le nouveau carnet de santé.
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Parcours de soins : Structuration de services de repérage précoce (0-6 ans pour tout handicap, jusqu'à 11 ans pour les TND, et 19 ans pour la rééducation).
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Accueil en crèche :
- Le « bonus inclusion » de la CAF a été un succès mais doit être réévalué. Actuellement basé sur le nombre d'enfants, il ne reflète pas toujours l'intensité de la prise en charge (nombre d'heures ou troubles importants).
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Une attention particulière est portée aux expérimentations de « crèches inclusives » nécessitant des financements plus adaptés.
3. L'école inclusive et l'accompagnement scolaire
Le gouvernement rejette le « tout inclusion » au profit d'une approche flexible et modulable.
- Dispositifs spécialisés au sein de l'école : Développement des unités d'enseignement (UEMA pour l'autisme, UEA) et des classes externalisées (IME, ITEP).
Ces structures permettent une présence en milieu scolaire ordinaire pour ceux qui ne peuvent pas suivre une classe classique.
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Transformation médico-sociale : Création de passerelles entre les établissements spécialisés et les écoles de quartier pour garantir des liens constants entre les enfants.
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Moyens humains : Les effectifs d'AESH (Accompagnants des élèves en situation de handicap) ont triplé depuis 2017, devenant le deuxième métier de l'Éducation nationale.
L'objectif est d'atteindre un nombre d'AESH à la hauteur des besoins réels pour la rentrée 2025.
4. Capacité d'accueil et le plan « 50 000 solutions »
Face à la saturation des Instituts Médico-Éducatifs (IME) et au maintien de 6 000 à 7 000 adultes en structures pour enfants (amendement Creton), le gouvernement déploie des moyens massifs.
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Trajectoire financière : 15 000 solutions ont été créées en 2025, avec un objectif de 22 000 d'ici fin 2026.
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Double vulnérabilité : Un effort prioritaire est porté sur les enfants relevant à la fois du handicap et de la protection de l'enfance (ASE).
Ces solutions, bien que coûteuses et complexes (prise en charge 24h/24, 365 jours par an), sont une priorité de la loi de financement de la sécurité sociale.
- La situation en Belgique : Un moratoire est en place pour stopper l'envoi d'enfants vers des établissements belges par manque de places en France.
Le gouvernement travaille à rapatrier ces enfants lorsque cela est possible et souhaité par les familles.
5. Protection et lutte contre les violences
Les enfants handicapés sont trois à quatre fois plus exposés aux risques d'agressions sexuelles et de maltraitances.
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Contrôles et honorabilité : Renforcement des contrôles dans les établissements avec hébergement et accélération de la vérification de l'honorabilité des professionnels.
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Communication Alternative Améliorée (CAA) : Déploiement d'outils (pictogrammes, etc.) pour permettre aux enfants non-verbaux d'exprimer leurs besoins et de dénoncer des violences, y compris devant la justice.
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Éducation : Réflexion sur l'intégration des programmes EVARS (Éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle) dans le secteur médico-social.
6. Simplification administrative et MDPH
Les délais de traitement et la complexité des dossiers MDPH sont identifiés comme une source majeure de précarité pour les familles.
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Tour de France des solutions : Une initiative pour identifier les bonnes pratiques locales et harmoniser les délais.
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Mesures de simplification :
- Alignement de la durée des droits sur les cycles scolaires pour éviter les renouvellements annuels.
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Automatisation et usage de l'intelligence artificielle pour simplifier les formulaires de demande.
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Renforcement de la continuité des droits pour éviter les ruptures financières (notamment pour l'AEEH).
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Mise en place de rendez-vous physiques pour les premiers demandeurs.
7. Vers une excellence des pratiques médico-sociales
Un point de tension majeur soulevé par les parlementaires concerne le retard de la France dans l'application des connaissances scientifiques, notamment sur l'autisme.
- Opposabilité des recommandations de la HAS : La ministre s'est engagée à 200 % pour intégrer dans la future loi l'opposabilité des recommandations de la Haute Autorité de Santé.
L'objectif est de contraindre les établissements à abandonner les pratiques obsolètes (comme certaines approches psychanalytiques) au profit de méthodes éprouvées.
- Transformation de l'offre : Encourager le médico-social « hors les murs » pour intervenir directement dans les lieux de vie (famille, clubs sportifs, culture).
8. Accessibilité universelle : Sport, Culture et Mobilité
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Sport : Objectif de 4 000 clubs inclusifs (3 000 déjà identifiés) et généralisation des 30 minutes d'activité physique adaptée en ESMS.
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Mobilité : Depuis le 1er décembre, les fauteuils roulants (y compris sportifs) sont pris en charge à 100 %, sans avance de frais pour les familles.
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Culture : Accessibilité renforcée du Pass Culture pour les jeunes en situation de handicap.
Citations clés
« Ce n'est pas aux personnes de s'adapter à rentrer dans les cases qu'on pourrait leur construire... mais bien une société qui elle-même s'adapte. »
« Le "tout inclusion" n'est pas la solution ; les classes spécialisées au sein de nos écoles sont une bonne solution pour ceux qui ne peuvent pas être dans une classe ordinaire. »
« Je suis tout à fait favorable à ce que les directives de la Haute Autorité de Santé soient opposables... je vous suis à 200 % là-dessus. »