Gestion des élèves perturbateurs : approches psychopédagogiques et cadres éthiques
Résumé analytique
Le comportement perturbateur d'un élève ne doit pas être perçu comme une simple transgression, mais comme le symptôme d'un mal-être profond, souvent enraciné dans un vécu personnel ou scolaire difficile.
La gestion efficace de ces situations repose sur la reconnaissance des besoins psychologiques fondamentaux de l'élève (sécurité, reconnaissance, justice, estime de soi) et sur la mise en place d'espaces de parole institutionnalisés.
L'analyse souligne que de nombreux élèves perturbateurs, y compris les harceleurs, sont eux-mêmes en situation de souffrance.
Pour répondre à ces défis, les personnels de direction et les équipes éducatives doivent naviguer entre quatre orientations éthiques :
- la déontologie (la règle),
- le conséquentialisme (l'impact de la sanction),
- la vertu (la confiance) et
- l'éthique du care (le soin).
L'équilibre entre ces dimensions permet de maintenir le lien de confiance entre l'élève et l'institution, évitant ainsi le décrochage ou l'exclusion définitive des profils les plus vulnérables.
La nature du comportement perturbateur : un symptôme de mal-être
Le comportement perturbateur est défini comme une manifestation de symptômes liés à une insatisfaction des besoins psychologiques fondamentaux.
Aider un élève nécessite d'être attentif à ces signes, qu'ils soient émotionnels ou plus subtils.
Les besoins psychologiques fondamentaux
Pour remédier aux comportements problématiques, l'institution doit prendre en considération :
- • Le besoin de sécurité (affective et physique).
- • Le besoin de reconnaissance et de justice.
- • Le besoin d'écoute et d'expression de soi.
- • Le besoin d'estime de soi.
Stratégies d'intervention et espaces de parole
L'intervention repose sur une distinction claire entre les problématiques collectives et individuelles, ainsi que sur la création de structures d'échange formelles.
La règle d'or de la communication
• Problème collectif : Doit faire l'objet d'une discussion collective.
• Problème individuel : Le comportement d'un élève spécifique doit être traité exclusivement avec lui, afin de préserver sa dignité et de favoriser un dialogue constructif.
Institutionnalisation de l'écoute
La mise en place de "cellules d'écoute" ou d'espaces de parole sécurisés est présentée comme une solution aux résultats rapides et significatifs.
• L'écoute active : Les adultes doivent être formés pour permettre à l'élève d'élaborer lui-même le sens de son vécu.
• Efficacité constatée : Des exemples, notamment dans l'académie de Grenoble, montrent qu'une participation à deux ou trois reprises à ces espaces peut transformer le comportement des jeunes.
• Sécurité affective : L'espace doit permettre à l'élève de dire ce qu'il ressent sans crainte immédiate de jugement ou de répression.
Le cadre disciplinaire et le conseil de discipline
Face à des actes graves (comme des injures envers un enseignant), la sanction demeure nécessaire.
Cependant, la procédure doit respecter des principes éthiques et réglementaires stricts.
• Le principe du contradictoire : Avant et pendant le conseil de discipline, toutes les parties doivent pouvoir s'exprimer et clarifier les faits.
• L'analyse de la souffrance : Il est impératif de considérer que l'élève auteur d'actes délictueux est souvent un élève qui souffre.
Le document note par exemple qu'un grand nombre de harceleurs sont eux-mêmes victimes de harcèlement.
• Dialogue avec la famille : La compréhension du contexte familial est cruciale pour identifier les racines du comportement de l'adolescent.
Les quatre orientations de l'éthique professionnelle
Le chef d'établissement et son équipe doivent composer avec quatre dimensions éthiques lors de la prise de décision disciplinaire :
| Orientation éthique | Définition et application | | --- | --- | | Déontologique | Respect strict du règlement intérieur et de la loi. C'est l'approche systématique : "à tel acte correspond telle sanction". Essentiel pour la responsabilité professionnelle du chef d'établissement. | | Conséquentialiste | Attention portée aux conséquences de la sanction sur l'avenir de l'élève. Par exemple, éviter d'informer des parents violents d'une faute mineure pour ne pas infliger une "double peine" à l'enfant. | | Exercice des vertus | Mise sur la patience, la prudence et la confiance. On donne du temps à l'élève pour s'améliorer en privilégiant un blâme ou un avertissement plutôt qu'une exclusion. | | Éthique du Care (Soin) | Posture indispensable vis-à-vis des élèves les plus vulnérables traversant des souffrances psychiques graves. Il s'agit de maintenir la "tête hors de l'eau" pour l'élève par un regard attentif et bienveillant. |
Conclusion : Le rôle de l'arbitrage institutionnel
Le chef d'établissement a la responsabilité première de garantir le respect de la règle et du droit (réflexe déontologique) pour éviter toute faute professionnelle. Toutefois, la réalité du terrain impose une composition entre ces différentes éthiques.
Une décision efficace est souvent hybride : elle rappelle la règle (déontologie), tout en tempérant la sanction au regard du contexte (conséquentialisme) et en demandant à l'équipe pédagogique une "bienveillance attentive" (care).
Cette approche intégrée est présentée comme le seul moyen de préserver la confiance des élèves les plus fragiles envers l'école et les adultes, prévenant ainsi leur exclusion définitive du système scolaire.